vendredi 29 mai 2026

20 000 LIEUX SOUS LA MER.E

 

 

20 000 LIEUX

SOUS LA

 MER.E

Il faut reconnaître une chose à notre administration : elle sait innover.

Là où certains s’obstinent à recruter, remplacer les absences ou améliorer les conditions de travail, elle a choisi une autre voie  : multiplier les réorganisations, empiler les niveaux hiérarchiques et demander aux agents de faire toujours plus avec toujours moins.

Et le plus remarquable, c’est que cela dure.

À peine une réorganisation terminée qu’une autre commence. Nouveau schéma, nouveau découpage, nouveaux intitulés, nouveaux responsables.

Responsables de direction, de service, d’unité, coordinateurs, référents… À ce rythme, bientôt chaque agent aura son responsable personnel.

Pendant ce temps, dans les services, les absences ne sont plus remplacées.

Mais rassurons-nous : tout cela est certainement pensé dans une logique d’optimisation.

 Après tout, pourquoi remplacer un agent absent quand il suffit de répartir son travail sur ceux qui restent ?

 Pourquoi recruter quand l’épuisement professionnel peut servir de variable d’ajustement ?

 Pourquoi réparer un système défaillant quand il est tellement plus simple de refaire l’organigramme ?

Pourtant, une évidence s’impose :

 On ne remplit pas un récipient percé avant de l’avoir réparé au préalable.

 Ajouter des couches administratives à une organisation qui manque déjà de moyens ne résout rien. Cela permet surtout de donner l’illusion d’agir.

Sur le terrain, la réalité est moins élégante.

Des heures écrêtées, cette discrète prouesse administrative :

 Travaillées mais comme par enchantement ni payées, ni récupérable.

 Si elles étaient réellement comptabilisées, elles révèleraient pourtant une évidence : le manque d’effectifs chronique et les recrutements indispensable que la région continue d’ignorer. 

Des agents aide-cuisiniers occupent des postes de cuisiniers, sans formation adaptée, sans reconnaissance, sans revalorisation.

Des collègues dépassent l’amplitude horaire légale pour assurer la continuité du service public.

Par conscience professionnelle.

Parce qu’eux ont compris ce que signifie réellement le mot service.

Et puisqu’il fallait sans doute compléter ce tableau déjà exemplaire, après le jour de carence, nous avons découvert une nouvelle preuve de considération : la rémunération à 90 % en cas de congé maladie ordinaire.

Être malade coûte désormais plus cher.

Une innovation sociale, sans doute.

Notre Région  a même choisi d’aller encore plus loin avec des jours de carence appliqués à l’IFSE.

 Voilà qui devrait certainement renforcer l’attractivité de nos métiers.

 Parlons aussi du RIFSEEP, ce grand progrès.

 Mis en œuvre depuis janvier 2026, il semble confirmer une découverte passionnante : les dispositifs les plus avantageux trouvent toujours plus facilement leur chemin vers les catégories A et les fonctions d’encadrement.

Quel heureux hasard.

Pour les autres, la majoration de l’IFSE reste souvent un mystère.

Le CIA ? Un subtil exercice de transparence invisible.

Des critères flous, des évaluations discrètes, des décisions peu explicitées : une remarquable démonstration de lisibilité administrative.

 À force, on comprend le message :

sur le terrain, on demande l’effort ; dans les étages, on distribue la reconnaissance.

Mais les agents ne sont pas dupes.

Le service public ne tient pas grâce aux tableaux Excel, aux organigrammes colorés ou aux intitulés de poste toujours plus créatifs.

 Il tient grâce à celles et ceux qui, chaque jour, compensent les dysfonctionnements au détriment de leur santé.

SUD CT le rappelle:

On ne peut pas exiger toujours plus avec toujours moins.

 On ne peut pas parler d’attractivité tout en sanctionnant la maladie.

 On ne peut pas désorganiser les services au nom de la performance.

On ne peut pas demander indéfiniment aux agents de réparer ce que l’organisation détruit.


Il est temps de revenir à des priorités simples :


  • remplacer systématiquement les absences ;
  • cesser les réorganisations permanentes ;
  • respecter le temps de travail ;
  • reconnaître les qualifications réelles ;
  • rendre transparents les critères du RIFSEEP, de l’IFSE et du CIA ;
  • mettre fin aux dispositifs qui pénalisent financièrement les agents malades ;
  • recruter à hauteur des besoins.

Le dévouement des agents ne doit plus être considéré comme une ressource inépuisable.

20 000 lieux sous la mer.e : ce n’est pas une image, c’est notre réalité.


Votre Syndicat SUD CT AURA